Inside La Place – Trilogie Logistique : Hillebrand 3/3

Inside la logistique des Grands Vins (étape 3/3)

Hillebrand

Patrick Bongard

Directeur « Micrologistic & Brand » Bordeaux

Rencontré par Gerda


 

A travers une trilogie logistique, nous souhaitons vous faire partager la vie des vins, depuis la mise en bouteille jusqu’à l’arrivée de celle-ci chez le distributeur.

Dans l’étape 1, Aurélien VALANCE du château MARGAUX, nous explique le déroulement de la préparation à partir de la mise en bouteille, jusqu’à l’enlèvement par le négociant.

Dans l’étape 2, David VIDAL (entrepôt directeur) nous présente l’environnement de stockage du négociant.

Enfin l’étape 3, Patrick BONGARD de HILLEBRAND-BORDEAUX (groupe DHL) ci-dessous, expose l’environnement de la logistique et du transport des marchandises jusqu’à destination.


 

Gerda : Vous avez le titre de « Micrologistic et Brand Director ». Pourriez-vous m’expliquer davantage votre rôle ?

Patrick Bongard : Je suis ingénieur agronome et œnologue de formation. Pendant des années, j’ai été le directeur d’un Cru Classé à Margaux. Je connais donc bien la problématique de nos partenaires de la Place de Bordeaux. La désignation « Micrologistique » vient d’une de nos nouvelles activités. Depuis un an, nous avons créé un département dédié au transport de petites quantités allant d’une bouteille, jusqu’à une palette vers les 90 pays suivis par Hillebrand Gori. Nous l’avons créé pour répondre aux évolutions du marché :

  • D’abord, l’œnotourisme qui s’est beaucoup développé en France. Les touristes qui viennent visiter nos régions viticoles souhaitent souvent ramener un souvenir, quelques bouteilles par exemple. Ils ne peuvent pas mettre beaucoup de bouteilles dans leurs valises. Nous avons donc créé cette activité avec nos partenaires des Châteaux et des magasins de vin.
  • Puis, l’essor du e-commerce : de plus en plus de sociétés de négoce se spécialisent dans ce type de transaction qui nécessite d’avoir une flexibilité pour le nombre de bouteilles par envoi.

Gerda : Quelles sont les spécificités du transport du vin d’une part au niveau administrative et d’autre part au niveau technique ?

Patrick Bongard : L’alcool, comme le tabac, est soumis à une réglementation particulière. Premièrement, au niveau administratif, il faut s’assurer d’être en conformité avec les réglementations douanières de chaque pays et que les taxes spécifiques soient payées. Nous apportons notre expertise sur ces sujets à nos clients.

Deuxièmement, au niveau technique, le vin est un produit fragile. Le transport peut avoir une incidence qualitative sur le vin s’il est mal fait. Un container qui est trop chaud ou trop froid détruit le vin. Dans la plupart des cas, nous conseillons à nos clients l’utilisation d’un container reefer (conteneur réfrigéré). Dans notre métier, il y a 2 mots-clés : la qualité et la compliance.

Gerda : Quel est votre premier pays d’exportation ?

Patrick Bongard : Notre activité reflète la commercialisation des vins français dans le monde. Actuellement, les Etats-Unis sont notre premier marché. Viennent ensuite la Chine, puis l’Asie en général.

Gerda : Comment stockez-vous les vins en attendant leur départ vers le grand export ?

Patrick Bongard : Nous entrepôts sont situés dans les principales régions viticoles, en Bourgogne et à Bordeaux. Au total, nous disposons d’une capacité de stockage de 30 000 m2 en France. Tous nos entrepôts bénéficient du contrôle des températures avec une cible à 15° C pendant toute l’année afin de stocker les vins dans les meilleures conditions. Nous proposons à nos clients de stocker soit en suspension de TVA (sous-douane) ou en TVA acquittée (marché domestique).

Gerda : Pensez-vous que les modalités douanières d’importation de vin dans les différents pays du monde se sont assouplies ou complexifiées ces dix dernières années ?

Patrick BongardJe ne parlerais pas « d’assouplissement des règles », mais plutôt de simplification des procédures avec une digitalisation des process. Sur le papier, l’idée est bonne, mais les soucis arrivent dès que le système ne fonctionne pas ou tarde à se mettre en place. L’exemple du Royaume-Uni est parlant. Depuis que ce pays a quitté la zone EU, tout a été modifié. Dans ce cas, la procédure se complexifie très fortement.

Concernant l’Europe, la tendance est à l’harmonisation des pratiques, mais là encore, tous les pays ne sont pas encore alignés et cette différence peut rendre la mission compliquée.

Pour résumé, je dirais que le futur (le plus proche possible, souhaitons-le) devrait nous permettre de simplifier les démarches douanières, mais les choses ne sont pas encore terminées.

Gerda : Pour le grand export, dans quelle proportion le fret maritime ou le fret aérien sont utilisés ? Dans quel cas le client utilise l’un ou l’autre ?

Patrick Bongard : 99 % du transport se fait par la voie maritime et 1 % par voie aérienne. Nos clients utilisent le fret aérien en cas de besoin immédiat des vins, soit parce qu’ils ont par exemple raté une commande, soit, car ils ont besoin d’un approvisionnement instantané. Le Beaujolais Nouveau est un bon exemple, c’est le dernier cas que nous avons eu. Ce vin demande un délai de livraison tellement court à un moment précis que nous pouvons le faire uniquement en fret aérien. Quant à la répercussion sur le prix, c’est de 1 à 10 !

Gerda : Pouvez-vous fournir à vos clients l’impact carbone de la livraison de leur commande ? Les clients, vous demandent-ils cette information ?

Patrick Bongard : Oui, notamment via notre application MyHillebrandGori, et nous travaillons de plus en plus sur ce sujet très important. La « décarbonation » du transport est l’une de nos priorités. Nos équipes privilégient toujours les solutions vertes comme les camions qui roulent au bioéthanol, ou le transport par le train. Nous collaborons à un projet très ambitieux : la traversée de l’Atlantique par bateau voilier. C’est un vrai projet industriel dans lequel nous croyons beaucoup.

Gerda : Est-ce que vous ressentez un ralentissement de votre activité du fait du contexte géopolitique et sanitaire mondial ?

Patrick Bongard : Nous sentons un léger ralentissement depuis 3 mois. Il est directement lié au fait que les importateurs américains ont beaucoup stocké et freinent donc leurs importations en ce moment. Mais oui, nous sommes une filière qui est immédiatement impactée par la situation géopolitique mondiale. Quand l’ancien président Trump a décidé d’augmenter le droit de douane de 25 % sur les vins de moins de 14 % en octobre 2019, nous étions submergés par des demandes d’enlèvements avant cette date.

En Asie, et particulièrement en Chine, la demande est plus faible pour différentes raisons dont la politique du zéro Covid mise en place par le gouvernement. Sur ce continent, il y a une baisse notable de l’activité.

C’est pour cela que je discute souvent avec les négociants de la Place de Bordeaux, car leur marché impacte directement le nôtre. Néanmoins, je reste confiant quant à la résilience du marché des Grands Vins à l’export.

Aujourd’hui, nous observons une forte augmentation de l’activité importation des grands vins californiens, italiens, chiliens et autres qui sont vendus par la Place de Bordeaux. J’ai maintenant 4 personnes dans mon équipe qui sont dédiées à l’importation. C’est une tendance qui va certainement s’accroître.

Nous prévoyons une normalisation du fret maritime en 2023. Il était sous forte pression pendant la pandémie en raison d’une forte croissance macro-économique dans le monde et par manque de bateaux et de containers. Le coût du fret a déjà baissé et dans les ports d’Asie, nous retrouvons des places pour les containers.

Avant la crise sanitaire, le prix moyen d’un container entre l’Europe et les Etats-Unis était de 2 500 $. Le pic de ce prix a été atteint fin 2021 à 9 500 $. Aujourd’hui, il se situe aux alentours de 6 500 $. Malgré l’amélioration de la situation, je ne pense pas revoir le prix de 2 500 $ rapidement…

Notre métier est rythmé par le contexte géopolitique, macro-économique ou technique comme dernièrement le blocage de ce porte-conteneurs dans le canal du Suez. Le monde est devenu très volatile et notre rôle consiste à être très réactif pour servir au mieux nos clients.

Gerda : Existe-t-il une consolidation des acteurs dans votre secteur ? Comment voyez-vous l’évolution dans les années à venir ? Hillebrand Gori a été racheté par DHL et CMA-CGM a acquis 9 % d’Air France/KLM.

Patrick BongardJe ne vois pas comme la plus grande des évolutions l’intégration des spécialistes comme nous. Nous avons certes été rachetés par le groupe DHL, mais l’entité Hillebrand Gori reste autonome et se consacre exclusivement à la logistique des vins, bières et spiritueux. Cela va nous assurer une grande stabilité au niveau de notre actionnariat.

Quant à nos marchés, l’évolution la plus importante concerne les exigences des clients pour une consommation plus responsable.

Gerda BEZIADE a une incroyable passion pour le vin, et possède une parfaite connaissance de Bordeaux acquise au sein de prestigieux négoces depuis 25 ans. Gerda rejoint Roland Coiffe & Associés afin de vous apporter avec « Inside La PLACE » davantage d’informations sur les propriétés que nous commercialisons.